L’économie circulaire, quand l’économie tourne en rond pour assurer sa pérennité

17 février 2015, 11h50

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Le modèle d’économie linéaire (extraire – produire – distribuer – consommer – jeter), en cours depuis les débuts de l’ère industrielle, montre des signes de faiblesse. Présumant une disponibilité infinie de ressources, ce modèle économique établit sa richesse, entre autres, sur la maximisation du nombre d’unités vendues. Peu compatible avec le concept de développement durable, il encourage la surconsommation et le gaspillage des ressources, mettant ainsi en péril la capacité des générations futures à répondre à leurs besoins.

Dans la perspective d’un accroissement important du nombre de consommateurs de classe moyenne à l’échelle du globe au cours des années à venir, la pression sur les ressources, et sur l’environnement en général, ne pourra que s’amplifier. Sur le plan économique, la volatilité toujours plus importante du prix des matières premières rend de plus en plus difficile l’établissement du coût de revient des biens et services, engendre de l’insécurité sur les marchés et augmente les risques pour les entreprises.

Devant ces constats inquiétants, un mouvement de fond visant à réformer le modèle économique linéaire actuel vers un modèle économique « circulaire » se met progressivement en place. Basée sur différentes stratégies, comme l’économie de fonctionnalité qui se fonde sur la vente du service rendu par un produit et non la vente du produit lui-même, et l’économie de partage qui maximise l’utilisation d’un produit ou d’un actif en le partageant entre plusieurs consommateurs, l’économie circulaire vise à maximiser la productivité des produits (et des ressources) déjà en circulation dans le marché. La nécessité d’extraire des ressources vierges pour répondre aux besoins du marché s’en trouve ainsi diminuée – il en va de même pour l’impératif de l’enfouissement des produits en fin de vie, puisque ces mêmes produits constituent, en bonne partie, la matière première  des nouvelles unités. Il y a donc tout intérêt à fermer ou « boucler » les boucles.

Les études récentes menées par le Forum Économique Mondial montrent que la mise en place d’une économie circulaire engendrerait des économies gigantesques de matières premières et d’énergie, en plus de réduire les impacts associés sur l’environnement. Le volet social n’est pas en reste, puisque les coopératives et les entreprises d’économie sociale occupent une place significative au sein de ce nouveau modèle économique. Ce mouvement s’est amorcé en Europe et en Asie, où les gouvernements, les entreprises, les universitaires, les ONG et les consommateurs font front commun pour participer au changement.

En Amérique du Nord, le concept d’économie circulaire émerge à peine. Pour accélérer le développement des connaissances et des compétences sur ce sujet et participer à l’effort international visant son déploiement, HEC Montréal, Polytechnique Montréal et l’Université de Montréal mettent sur pied l’Institut de l’environnement, du développement durable et de l’économie circulaire (Institut EDDEC) à l’occasion de leur campagne conjointe Campus Montréal. Regroupant plus de 400 professeurs-chercheurs et au-delà de 1 500 étudiants issus de plusieurs disciplines sur le campus, l’Institut EDDEC fédère les expertises nécessaires pour participer à l’émergence de l’économie circulaire, mais surtout pour parfaire ce nouveau modèle économique afin qu’il réponde encore davantage aux principes d’un développement durable. Comme quoi, tourner en rond permet parfois également de faire évoluer les choses…

Par Daniel Normandin, directeur exécutif de l’Institut EDDEC

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